L’expérience de Milgram est une expérience psychologique menée dans les années 60 qui permet d’évaluer le degré d’obéissance à l’autorité. Cette expérience, très controversée en raison de sa méthodologie, étudie particulièrement les problèmes de conscience et de désobéissance.
En quoi consiste l’expérience de Milgram et quelle est l’utilité d’une telle expérience ? Le point dans cet article.
Qu’est-ce que l’expérience de Milgram ?
L’expérience de Milgram est une expérience psychologique réalisée dans les années 60 par Stanley Milgram, un psychologue américain. Elle permet d’évaluer l’autorité et la soumission dans un contexte particulier, puisqu’elle a été menée après la Seconde Guerre mondiale. Le but étant d’essayer de comprendre ce qui a pu mener des personnes ordinaires à tuer ou à torturer sur ordre hiérarchique pendant le nazisme.
L’expérience de Milgram est la suivante :
- Un volontaire accepte de participer à une expérience psychologique sur la mémoire. Il est accueilli par deux scientifiques, l’un prénommé Bob qui paraît plutôt sympathique, et l’autre plutôt froid et rigide ;
- Bob est installé dans une pièce où il est attaché sur une chaise, et connecté à un dispositif d’électrochocs. L’installation se fait sous les yeux du volontaire ;
- L’expérience commence alors avec la lecture d’un questionnaire à Bob par le volontaire. Ce dernier doit lui affliger un courant électrique à chaque mauvaise réponse ;
- Plus les réponses sont incorrectes, et plus les courants électriques sont forts. Le volontaire entend les cris de détresse de Bob, jusqu’au silence, et à sa mort présumée.
Bien sûr, Bob est un acteur et ne reçoit aucun choc électrique, mais le volontaire est convaincu d’avoir infligé une torture voire le décès de ce dernier.
L’expérience a montré que, malgré les plaintes de l’acteur (l’élève), la majorité des participants ont continué à administrer les prétendues décharges jusqu’au maximum prévu de 450 volts. Cette étude a révélé l’effrayante capacité des individus à obéir à des ordres immoraux, même lorsqu’ils infligent des souffrances à autrui. Elle a également soulevé des questions sur l’éthique de la recherche et la validité scientifique.
Contexte historique de l’expérience de Milgram
L’expérience de Milgram, menée par Stanley Milgram en 1963 à l’université Yale, demeure un pilier de la psychologie sociale. Elle s’est déroulée dans un contexte marqué par des influences sociales et politiques qui ont profondément façonné sa conception.
À cette époque, le monde était encore sous l’ombre des procès de Nuremberg, où les atrocités commises pendant la Seconde Guerre mondiale étaient mises en lumière. Le procès d’Adolf Eichmann, responsable de la logistique de la déportation des Juifs, avait également captivé l’opinion publique. Ces événements ont suscité des réflexions sur la responsabilité individuelle, l’obéissance à l’autorité et la soumission.
C’est dans ce contexte que Milgram a conçu son expérimentation. Son objectif était d’étudier la façon dont les individus réagissent face à l’autorité, même lorsque cela implique d’infliger des souffrances à autrui.
Pour ce faire, il a recruté des hommes et des femmes volontaires, âgés de 20 à 50 ans et issus de divers milieux et niveaux d’éducation en publiant des annonces dans un journal local entre 1960 et 1962. L’annonce précisait que cette étude portait sur la mémoire et l’apprentissage et indiquait que les participants étaient rémunérés pour leur participation.
Utilité de l’expérience de Milgram
L’expérience de Milgram permet d’étudier le processus de soumission à l’autorité. Dans l’expérience, le volontaire obéit à des ordres simples, il pense torturer ou tuer Bob avec les chocs électriques, uniquement dans le but de faire correctement le travail qui lui a été demandé.
Les résultats de Milgram ont montré que 62 % des volontaires ont administré les chocs, au risque de blesser ou de tuer Bob. Il démontre ainsi que toute personne est capable d’effectuer les pires atrocités si l’autorité qui donne l’ordre de le faire est, à ses yeux, légitime. Même en cas d’objection de conscience, la plupart des personnes ayant participé à cette expérience étaient capables de poursuivre la torture.
Cette expérience très particulière a beaucoup été remise en question par la communauté scientifique, en particulier en raison des conditions de laboratoire et non de vie réelle. Elle a été reproduite dans d’autres pays jusque dans les années 80 avec des résultats allant de 50 à 87 % de soumission. Quel que soit le pays, l’époque, le sexe et le niveau d’éducation, ce taux reste très haut.
Expérience de Milgram : les conséquences sur le sujet
Les conséquences de l’expérience de Milgram sont difficiles à accepter. Elle démontre une obéissance humaine inconditionnelle à l’autorité, quelle que soit sa désapprobation ou sa conscience. Cette soumission a en réalité plusieurs explications :
- la volonté de tenir ses engagements, et de maintenir une cohérence avec ses choix (la pression sociale de devoir « tenir ses promesses » par exemple) ;
- le conformisme avec les personnes autour de soi ;
- la peur de réprimande ou de punition en cas d’insoumission ;
- la volonté de faire plaisir à l’autre ;
- le confort de l’obéissance par rapport à la résistance ;
- le conditionnement à l’obéissance depuis l’enfance.
Cette expérience de psychologie singulière renvoie donc à une réalité présente en chaque être humain. Avoir conscience de cette obéissance inconditionnelle permet de se sentir moins passif, et de prendre du recul sur sa vie quotidienne. De nombreuses situations familiales, professionnelles, ou sociales, peuvent faire appel à ce conditionnement de soumission, et faire oublier le libre arbitre.
Toutefois, malgré son intérêt sociologique, l’expérience Milgram a été très critiquée :
- dans le domaine éthique : les participants étaient soumis à un stress émotionnel intense (certains ont même développé des symptômes de détresse) ;
- au niveau de la validité sociologique en indiquant que cette expérimentation ne reflétait pas fidèlement des situations de la vie réelle ;
- sur la représentativité des participants. Parce que ceux-ci étaient principalement des volontaires, ils ne représentaient pas nécessairement la diversité de la population. Ce qui peut biaiser les résultats.
Impact de l’expérience de Milgram sur l’éthique de la recherche
Les implications éthiques ont été profondes et ont grandement influencé les pratiques de recherche ultérieures.
Elle a tout d’abord soulevé des inquiétudes quant à la sécurité et au bien-être des sujets. Depuis, les protocoles de recherche ont intégré des mesures de protection pour les participants : les chercheurs doivent maintenant garantir la sécurité du déroulement de l’étude et fournir des informations complètes sur le projet de recherche.
Elle a aussi mis en évidence l’importance du consentement éclairé. Les participants doivent, aujourd’hui, être informés des risques potentiels et donner leur accord en toute connaissance de cause. Les chercheurs sont donc tenus d’obtenir un consentement éclairé écrit de la part des participants avant leur participation à une étude.
Finalement, cette expérimentation a incité la communauté scientifique à réfléchir aux limites éthiques de la recherche. Les chercheurs doivent désormais évaluer soigneusement les avantages et les risques potentiels pour les participants. Des comités d’éthique examinent les protocoles de recherche pour s’assurer qu’ils respectent les droits et le bien-être des participants.
Héritage et réflexions contemporaines
En plus d’avoir fait évoluer l’éthique dans la recherche, son héritage a été profond et a façonné notre compréhension de la soumission et de l’obéissance à l’autorité.
Ses résultats ont permis de mieux comprendre les mécanismes de l’obéissance en révélant que la majorité des participants étaient prêts à infliger des décharges électriques potentiellement mortelles à un autre individu simplement parce qu’une autorité le leur demandait. Cela a mis en lumière la capacité humaine à obéir, même lorsque cela va à l’encontre de la morale personnelle.
Elle a aussi eu une influence sur la psychologie sociale en inspirant de nombreuses études sur l’obéissance à l’autorité et en conduisant à des recherches plus approfondies sur les facteurs sociaux qui influencent notre comportement.
L’expérience de Milgram dans les médias
En plus d’avoir suscité un intérêt considérable dans le monde de la psychologie sociale, l’expérience de Milgram a été largement discutée, analysée et adaptée dans divers médias (films, livres, séries télévisées…).
L’un des exemples les plus marquants : le documentaire « Le Jeu de la Mort » réalisé par Christophe Nick et diffusé sur plusieurs grandes chaînes européennes en 2010. Celui-ci a proposé une reproduction adaptée à un contexte de jeu de télé-réalité. Au lieu d’une figure scientifique comme vecteur d’autorité, c’était un animateur de programme télévisé qui exerçait cette influence.
Les participants étaient soumis à un script de bonnes et de mauvaises réponses, impliquant la nécessité d’envoyer des chocs électriques fictifs à un autre candidat (en réalité un comédien). L’autorité encourageait les participants à continuer et 81 % d’entre eux ont obéi aux demandes de la situation en envoyant le choc supposé maximal au questionné.
Auparavant, en 1979, elle avait déjà été mise en scène dans le film « I… comme Icare » d’Henri Verneuil. Dans le film, le professeur David Naggara qui enseigne à l’université de Layé, anagramme de Yale, présente son expérience au protagoniste, interprété par Yves Montand. C’est Jacques Denis qui incarne l’expérimentateur piégé.
Sans oublier le film « La Vague » de Dennis Gansel, sorti en 2008. Dans le cadre d’un atelier de sciences politiques, le professeur Wenger décide de mettre en place un jeu de rôles avec ses élèves. Son objectif : faire prendre conscience des mécanismes qui conduisent à la création d’une société fasciste. Le film est inspiré d’une expérience réelle menée en 1967 dans un lycée californien par un professeur d’histoire, qui explorait, elle aussi, l’obéissance et la soumission à l’autorité.
L’œuvre soulève des questions sur la science, l’individu et la nature humaine. Il rappelle que même dans des sociétés apparemment inébranlables, les mécanismes de soumission peuvent se réveiller et faire naître ce qu’il y a de pire chez l’humain.
En conclusion
- L’expérience de Milgram, menée en 1963 par le psychologue américain Stanley Milgram, est une étude de psychologie sociale.
- Elle vise à comprendre le comportement humain face à l’autorité et la soumission à celle-ci. L’expérience teste la capacité des individus à obéir.
- Les sujets, hommes et femmes de 20 à 50 ans, issus de divers milieux, sont soumis à une situation où ils doivent infliger des décharges électriques à un acteur (l’élève). L’expérimentateur, vêtu d’une blouse grise, représente l’autorité officielle.
- L’expérience a révélé que la plupart des sujets expérimentaux (65%) ont obéi à l’ordre immoral d’infliger des souffrances à l’élève malgré ses plaintes, même s’ils étaient conscients des risques et des conséquences.
- Les résultats de cette étude ont remis en question la notion de libre arbitre et souligné l’importance de l’autorité dans le comportement humain. Elle a également suscité des discussions sur la validité scientifique et les limites éthiques des expérimentations.